J'aime l'idée de travailler à des projets. Cela donne un cadre, un but précis à ce que je fais. Chaque projet consiste à étudier des milieux naturels bien spécifiques. Je parcours ces zones tout au long de l'année, en documentant leur formation, la complexité des mécanismes qui les ont fait-et les font chaque jour- évoluer, la variété des paysages qui en découle, ainsi que leur fragilité et la nécessité de les protéger véritablement. Le but est de donner une image aussi précise que possible de ces zones en gardant à l'esprit que le tout se doit d'être à la fois pédagogique et esthétique.

Cela fait deux ans que je parcours les Bardenas Reales de Navarra. Ce territoire, situé à environ 80km au Sud Est de Pampelune, au coeur de la grande dépression de l'Ebre, est vraiment surprenant. Ce que l'on peut y admirer, c'est ce qui reste d'un immense dépôt alluvionaire après des milions d'années d'érosion. Grandes falaises, cheminées de fée, canyons plus ou moins encaissés, steppes salines, bad-lands. Des paysages qui ne sont pas sans rappeler le Sud de l'Utah. Cependant, parce que le sol est principalement composé de marne, la zone est extrèmement érosive et fragile. Ici les orages façonnent le paysage. Un canyon visité en juillet peut très bien avoir disparu en septembre. Malgré le climat hostile qui y règne, l'homme, par l'agriculture ou le pastoralisme, a su trouver sa place dans ce milieu semi-désertique. Des sites datant de l'age de fer ont étés mis à jour. La Junta de las Bardenas, l'organisme qui gère le territoire, travaille à une meilleure protection du site. Si de gros progrès ont été faits depuis les années 80 où des hordes de 4x4 l'arpentaient en tous sens, nous ne devons pas oublier que cette zone reste très fragile, sensible, et qu'elle a besoin, pour perdurer, de toute notre attention, aide et protection.

En de rares occasions, la Nature profite du développement de l'activité humaine. C'est le cas de la forêt d'Irati, en Pays Basque français. Surexploitée du milieu du 19° siècle à la fin des années 1950, ce n'est qu'avec son désenclavement, en 1964, que la forêt d'Irati a vu sa situation s'améliorer: une meilleure accessibilité a permis a la fois de mettre fin à la technique des coupes rases, et de maintenir l'activité sylvo-pastorale, si importante au Pays Basque intérieur. La gestion raisonnée mise en place depuis, respectueuse de l'environement, a donné un second souffle à la forêt. On trouve aujourd'hui au Pays Basque certaines des plus grandes forêts de feuillus d'Europe. Ces zones sont, que ce soit sur le versant espagnol ou du côté français, dominées par le hêtre, arbre magnifique qui peut vivre plus de 250 ans et atteindre 40 mètres de hauteur. Le hêtre a une force, une présence à laquelle il est difficile de rester indifférent, et les forêts qu'il forme sont des lieux vraiment à part où il fait bon venir se perdre.

En islandais, "fjallabak" signifie "le chemin derrière les montagnes". Qu'y a-t-il le long de ce chemin? Pas mal de choses, en fait: volcans, glaciers, sources d'eau chaude, fumeroles, champs d'obsidienne, rivières glacières, dunes de sable noir, champs de lave, champs de mousse et de lichens, montagnes de rhyolites... C'est l'endroit le plus incroyable que j'aie jamais vu. Mais c'est un endroit difficile. Difficile par le climat changeant qui y règne, difficile parce-qu'on ne sait pas par où commencer, ni où donner de la tête. En Islande, la Nature est en train de jouer avec un gigantesque puzzle dont de nouvelles pièces apparaissent chaque jour. C'est cet apparent chaos qui fascine, qui donne envie d'y retourner, histoire d'essayer, encore une fois, de mieux comprender ce qui s'y passe.